La Congrégation

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La Mission Divine

Pour le natif de Saint-Just-Ibarre, la Mission Divine était d’évangéliser une terre impie; le Béarn. Il fallait donc recruter des troupes de choc capables d’inculquer la religion catholique aux enfants.

Le premier vœu d’un bétharramite ? Aux lendemains d’une Révolution française qui a déstructuré l’Eglise et la société, Michel Garicoïts a vu des évêques pleurer de la désobéissance de nombreux prêtres ; de là découle une de ses intuitions pour créer une Congrégation. Le père Auguste Etchécopar, dans les Pensées, puis le père Pierre Duvignau, dans La Doctrine spirituelle, consacrent à l’obéissance les chapitres les plus longs !

Notre Règle de Vie équilibre la présentation des vœux : 16 numéros pour « la chasteté consacrée », 12 pour « la pauvreté évangélique » et 14 pour « l’obéissance bétharramite » ; et le choix des adjectifs n’est pas fortuit ! Chasteté, pauvreté, obéissance : Vatican II expose les vœux dans cet ordre ; Bétharram aussi. Et c’est très bon ! L’amour, l’amour seul, l’amour que signifie le vœu de chasteté, peut justifier pauvreté et obéissance. C’est même dit au n° 64 : « Nous vivons l’obéissance religieuse dans la perspective du mystère de l’Incarnation. [Nous sommes] unis au Christ dans l’offrande de tout notre être par amour … »

Pour un Basque, l’obéissance est une vertu fondamentale.

Pour la Congrégation, c’était un critère de recrutement.

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Le Fondateur : Michel Garicoïts, Prêtre et Religieux

Le cheminement des vocations est varié : toutes ont leur racine dans le Cœur de Dieu, chacune est le fruit de son Amour.

La vocation du Prophète Jérémie nous dit comment cet Amour saisit l’homme dès avant sa naissance : « Avant de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu ne sortes de son ventre, je t’ai consacré » (Jr.1.5).

La vocation de Michel Garicoïts illustre ce choix de Dieu : très jeune, il est attiré par l’Eucharistie : on a montré la cuisine de la maison natale, la table où vers l’âge de 5 ou 6 ans, il simulait les cérémonies de la messe.

Les parents de Michel accueillent et protègent les prêtres qui ont refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé : c’est à travers eux que Michel découvre le visage du prêtre risquant sa vie pour le service des communautés chrétiennes.

Quant à l’âge de 12 ans, Michel exprime son désir de devenir prêtre, il se heurte à la pauvreté de sa famille. La réponse de son père lui barre la route : « Je ne pourrais même pas te procurer un trousseau. Si tu es raisonnable, laisse de côté ces rêves, car nous ne pouvons vivre que du fruit de notre travail ».

La pauvreté matérielle, insurmontable à vues humaines, va devenir le chemin privilégié de sa formation au ministère sacerdotal : Michel sera domestique d’abord chez un fermier à Oneix, près de St Palais et ensuite valet à l’évêché de Bayonne.

La famille ne supportera d’aucune façon les dépenses d’un garçon capable de gagner sa vie.

Prêtre diocésain

Devenu prêtre de Jésus-Christ, le 20 décembre 1823, Michel est nommé vicaire à Cambo : il n’y restera qu’un an et demi, animé d’un zèle qui fait face à toutes les situations : le curé est paralysé, Michel prend soin de lui comme d’un père …

Il n’hésite pas à voler au secours de personnes en danger, à affronter des bourgeois d’esprit voltairien, il encourage la confrérie du Sacré-Cœur, il lui consacre la paroisse et propage la dévotion : dans l’espace de dix ans, 40 confréries regroupent plus de 600 membres dans le diocèse de Bayonne.

Michel publie un manuel de dévotion intitulé : « L’Appel d’Amour du Sacré-Cœur de Jésus aux chrétiens fidèles ».

En dix mois, la paroisse est transformée par le ministère de ce jeune prêtre, passionné de Dieu plein de sagesse et expert en discernement. « J’ai trouvé en arrivant dans la paroisse un vif sentiment de vénération pour l’Abbé Garicoïts et l’empreinte laissée par son zèle et le souvenir de ses vertus » témoigne un de ses successeurs à la cure de Cambo.

Vocation religieuse

La réussite dans la vie apostolique n’est pas un critère pour exiger de rester là où on travaille : « Allons ailleurs » répond Jésus à ses disciples qui viennent l’interrompre dans sa prière pour le ramener à Capharnaüm où tout le monde le réclame.

L’ Évêque, à son insu, va orienter Michel Garicoïts vers la Vie Religieuse en lui demandant d’aller à Bétharram comme professeur de philosophie au séminaire du diocèse. Un instant, Michel s’interroge : « Quel dessein peut bien avoir notre évêque pour m’arracher à un ministère que Dieu bénissait visiblement ? »

Monseigneur Lacroix ajoute une seconde mission en l’envoyant à Bétharram, disant : « L’Abbé Garicoïts est un saint, je veux en faire le directeur de toutes mes religieuses et vous verrez qu’il ravivera dans le diocèse la sève de l’esprit chrétien et religieux ».

Nommé aumônier des Filles de la Croix à Igon, le Père Garicoïts rencontre la fondatrice, Élisabeth Bichier des Ages, de 24 ans son aînée ; à partir de ce moment, l’appel à la vie religieuse commence à faire son chemin : il est frappé par sa pauvreté qui lui rappelle celle de sa famille.

Une retraite chez les Jésuites à Toulouse le confirme dans sa vocation : « Vous suivrez votre première inspiration que je crois venue du ciel, lui dit le Père Leblanc, et vous serez le père d’une famille qui sera notre sœur ».

Et Michel Garicoïts de porter ce projet au plus intime de son cœur : « Oh, se disait-il à lui-même, si l’on pouvait réunir une société de prêtres ayant pour programme le programme même du Cœur de Jésus, le Prêtre éternel, le Serviteur du Père céleste : dévouement et obéissance absolue, simplicité parfaite, douceur inaltérable ! Ces prêtres seraient un camp de soldats d’élite, prêts à courir, au premier signal des chefs, partout où ils seraient appelés, même et surtout dans les ministères dont les autres ne voudraient pas ».

Laborieux et interminable enfantement de celui de la Congrégation du Sacré-Coeur de Jésus de Bétharram : il va demander des années car en encourageant le fondateur à regrouper une équipe de missionnaires, Mgr Lacroix entend rester le maître de cette Société qu’il veut garder au service de son diocèse.

Le Père Garicoïts se soumet à la volonté de son évêque : il meurt en 1863 et la Congrégation qu’il a fondée ne sera reconnue par l’Église qu’en 1875, sur l’intervention de la Bienheureuse Sœur Marie de Jésus Crucifié.

Gaston Gabaix-Hialé, SCJ

Au cœur de la spiritualité de saint Michel Garicoïts, il y a l’expérience du Dieu-Amour révélé en Jésus Christ. En 1838, il introduit la Règle de Vie de sa communauté par un texte livrant l’essentiel de sa pensée et de son projet. 

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Le Manifeste du Fondateur (1838)

Il a plu à Dieu de se faire aimer, et tandis que nous étions ses ennemis, il nous a tant aimés qu’il nous a envoyé son Fils unique : il nous l’a donné pour être l’attrait qui nous gagne à l’amour divin, le modèle qui nous montre les règles de l’amour, et le moyen de parvenir à l’amour divin : le Fils de Dieu s’est fait chair.
Au moment qu’il entra dans le monde, animé de l’Esprit de son Père, il se livra à tous ses desseins sur lui, il se mit à la place de toutes les victimes : Vous n’avez point voulu, dit-il, d’hostie et d’oblation, mais vous m’avez formé un corps … les holocaustes et les victimes pour le péché ne vous ont pas plu ; alors j’ai dit : « Me voici, je viens pour accomplir votre volonté, ô mon Dieu ! »

Il entra dans la carrière par ce grand acte qu’il ne discontinua jamais. Dès ce moment, il demeura toujours en état de victime, anéanti devant Dieu, ne faisant rien, par lui-même, agissant toujours par l’Esprit de Dieu, constamment abandonné aux ordres de Dieu pour souffrir et faire tout ce qu’il voudrait : il s’est anéanti en se faisant obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur la croix …
C’est ainsi que Dieu nous a aimés …

À la vue de ce spectacle prodigieux, les prêtres de Bétharram se sont sentis portés à se dévouer pour imiter Jésus anéanti et obéissant, et pour s’employer tout entiers à procurer aux autres le même bonheur, sous la protection de Marie toujours disposée à tout ce que Dieu voudrait, et toujours soumise à tout ce que Dieu faisait.

(Préface des Constitutions de 1838)

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Une spiritualité de l’Amour incarné

Dès les premiers mots le ton est donné : « Il a plu à Dieu de se faire aimer ». Cette révélation est faite dans un contexte dramatique, qui rejoint bien notre expérience humaine : « Tandis que nous étions ses ennemis, Il nous a tant aimés qu’Il nous a envoyé son Fils unique. »

Voilà la grande lumière : Dieu ne répond pas à l’indifférence, au refus des hommes à notre manière, c’est-à-dire par des sentiments d’indifférence ou d’agressivité, ou par des châtiments, puisqu’il est Créateur et Maître. Non, Dieu, même lorsque nous sommes dans une attitude de rejet, de non-amour, va à l’extrême de l’Amour en nous donnant son Fils bien-aimé. Pourquoi nous l’a-t-il donné ? Saint Michel explique longuement le pourquoi de l’Incarnation du Fils unique : Il nous l’a donné pour être : L’attrait qui nous gagne à l’amour divin … Jésus a mission de convertir notre attitude. Notre éloignement de Dieu, notre refus, doivent se changer en accueil positif de Celui qui vient nous entraîner, avec Lui, vers le Père … Il est l’attrait, il vient attirer l’homme à Dieu. Le modèle qui nous montre les règles de l’amour … est-il nécessaire d’insister ? Nous ne savons pas aimer en vérité ; nous réduisons habituellement l’amour au sentiment que nous éprouvons d’être avec la personne que nous aimons. Jésus vient nous apprendre que l’amour commence par le décentrement de soi qui est la marque de tout amour authentique. Avec Jésus, nous allons découvrir que l’amour rejoint spontanément l’obéissance et s’exprime par le service. Les règles de l’amour … n’est-ce pas simplement l’accomplissement de la volonté de Dieu mais d’un Dieu qui ne sait que nous aimer. En Dieu la Volonté et l’Amour sont inséparables. Le moyen de parvenir à l’amour divin … Laissé à ses seules forces, l’homme fait l’expérience qu’il n’arrive pas à aimer Dieu. Alors que Dieu est fidèle par nature, l’homme éprouve sa fragilité, sa constante infidélité. Jésus vient guérir notre cœur ; Il nous est donné comme Celui qui nous permettra d’accueillir et de répondre à l’Amour de Dieu. Voilà pourquoi le Fils de Dieu s’est fait chair ! Toute la démarche de l’Incarnation se situe du côté de Dieu, comme la révélation de son Amour : « Il a plu à Dieu de se faire aimer. » Le Fils de Dieu vient en ce monde « animé de l’esprit de son Père » : ils ne font qu’un dans la réalisation de ce projet d’amour. Le Fils est et sera à chaque instant de sa vie l’expression de l’Amour du Père pour les hommes, l’incarnation de l’Amour. Il vient d’abord pour révéler aux hommes un Dieu-Amour, et non comme on l’a ordinairement présenté « prendre la place de toutes les victimes » et s’offrir » et s’offrir en réparation pour le péché des hommes. En disant à son Père : « Me voici, je viens pour accomplir votre volonté, ô mon Dieu », nous devons comprendre que Dieu n’a pas voulu « de sacrifices, d’offrandes, d’holocaustes pour les péchés » … tout cela relève de l’univers religieux où l’homme a le souci d’apaiser la justice de Dieu …Ce qui est premier avec l’Incarnation du Fils unique, ce n’est pas la réparation de la faute, du péché, mais la révélation de l’Amour qui pardonne et sauve la multitude des pécheurs. Si Jésus va jusqu’à l’extrême du sacrifice, demeurant comme « anéanti devant Dieu », ce n’est pas pour satisfaire sa justice, mais plutôt pour faire comprendre aux hommes qu’il n’existe aucune limite à l’Amour bienveillant du Père … Quand on a dit à la suite de l’apôtre Jean : « Dieu est Amour » (1Jn 4,8), on a tout dit sur Dieu ; le reste est commentaire humain. Voilà ce qui est au cœur de l’expérience de saint Michel Garicoïts, voilà le cœur de sa spiritualité qu’il résumait dans cette formule bien marquée par son style : « Me voici, sans retard, sans réserve, sans retour, par amour pour la volonté de mon Dieu ! » Le premier, saint Michel se laisse entraîner par l’exemple de Jésus-Christ et il veut entraîner tous ceux qui veulent partager cette spiritualité de source : répondre à l’Amour par l’amour ; donner, se donner, pardonner ; partager la joie de suivre Jésus sur le chemin des hommes pour les reconduire au Père. Et le faire dans Église, à l’école de Celle qui a dit oui. La Sainte Vierge est bien de cette famille du « Me voici », elle qui a répondu à l’annonce de l’Ange Gabriel : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta Parole ». Saint Michel Garicoïts ne séparera jamais la Mère de son Fils, car c’est à Bétharram, dans ce sanctuaire marial, qu’il a reçu la grâce d’entrer pleinement au cœur du Mystère de l’Incarnation, la révélation ineffable de ce Dieu-Amour !

Gaston Gabaix-Hialé, SCJ

La Barbarie au nom de l’Amour

Si copier des lignes ou être exclu d’une classe font partie de l’ordinaire de la vie scolaire, un supplice moyenâgeux a été infligé à des milliers d’enfants : l’exposition publique en position infamante sur une sorte de pilori qui dominait la cour de récréation, le Perron.

Au cours du temps, son utilisation a évolué, d’où l’existence de deux types différents de témoignages qui ont du mal à se comprendre.

Au début des années 60, c’était l’antichambre des salles de supplice du premier étage où le châtiment final était appliqué au condamné.

Les rabatteurs étaient les Professeurs et les Surveillants, qui étaient parfaitement au courant de ce qui attendait les élèves qu’ils y envoyaient.

Les bourreaux étaient les Préfets de Discipline et le Directeur.

Les coups se comptaient par dizaines, et leur nombre augmentait avec le niveau hiérarchique du bourreau. La peine maximale était celle qui était administrée derrière les portes capitonnées du bureau du Directeur.

Pas un jour ne passait sans que des élèves y soient exposés sous le regard indifférent de la statue d’un blanc immaculé de la « Vierge du Perron ».

Plus tard, les salles de supplice ont heureusement disparu, et le Perron est devenu le châtiment.final, d’où son utilisation pendant la nuit et dans des tenues vestimentaires humiliantes, y compris en hiver.

La persistance d’un supplice moyenâgeux caractérise la Barbarie instaurée par la Congrégation au nom de sa Mission Divine.

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Les Agressions Sexuelles au nom de l’Amour

« Laissez venir à moi les petits enfants. »

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Il apparaît que cette parole du Christ a bien été comprise et largement mise en pratique.

  • Quoi de mieux qu’un établissement d’enseignement pour attirer des enfants ?
  • Quoi de mieux qu’un internat pour en disposer à tout moment.

« Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. »

Il apparaît que cette parole du Christ n’a pas été bien comprise, à moins que son incarnation soit comme celle de l’ongle : elle doit faire mal.

La Miséricorde Divine

Les Oraisons funèbres dithyrambiques

C’est une spécialité Bétharramite.

La rubrique « In Memoriam » du site de la Congrégation betharram.net en est remplie. Il y a de quoi susciter la nausée.

« Dieu y reconnaîtra les Siens ».

Il faudra beaucoup implorer la Miséricorde Divine, non tant pour les victimes que pour les bourreaux méconnus.